Wolvendael magazine - Le blog de la rédaction

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Reportage en images sur le rucher d’élevage de reines ‘noires’ tout juste inauguré, fin avril, sur les hauteurs d’Uccle, entre plateau Engeland et Linkebeek naissant

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Les as du miel

Le rucher d’élevages de reines ‘noires’ a été installé en haut du verger du Domaine de Latour de Freins (Photo : Ph.G.)


Ils sont entre 250 et 350 à Bruxelles à pratiquer l’apiculture, même si dès 3 ruches il faut disposer d’un… permis d’environnement ! Parmi eux, une poignée d’Ucclois emmenée par Bernard Delforge, administrateur de la Société royale d’apiculture de Bruxelles et ses environs (SRABE). Fin avril, sous un ciel plombé, ces derniers ont inauguré un lieu unique dans la capitale, dont le projet remonte à mai 2009 : un rucher d’élevages de reines pour fournir des souches bruxelloises de qualité aux apiculteurs. Telles les ‘noires’ fécondées à Ransart, Virelles et Bruxelles, produites dès le printemps 2010. Ledit élevage est installé dans le verger centenaire de la belle propriété de Latour de Freins, sur le haut de la rue Engeland, désormais résidence prestigieuse pour chercheurs internationaux.

Ph. G.

Infos : www.api-bxl.be


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“Jeunes talents ucclois”, montrez votre talent au Centre Culturel

Vous êtes Ucclois ou fréquentez une école d’Uccle, vous avez

en dessous de 26 ans et, surtout, vous avez du talent.  Vous aimeriez l’exercer sur scène ?

Vos qualités sont reconnues par vos amis, vos proches, vos enseignants ?

Vos enfants remplissent ces conditions et ont du talent ? Ils chantent, ils

dansent, miment, jouent la comédie, jouent d’un instrument de musique,

imitent, bref développent un des arts de la scène et épatent leur entourage? Participez à notre opération “Jeunes talents ucclois”.

Envoyez-nous un dossier explicatif, clair, argumenté, documents à l’appui.

Notre jury examinera les dossiers, sélectionnera les meilleurs d’entre eux

et le Centre Culturel d’Uccle organisera une journée qui sera réservée aux

candidats issus de la sélection. Nous mettrons la scène du Centre Culturel à

leur disposition pour qu’ils puissent s’exprimer en public.

N’oubliez pas de préciser

-les nom, prénoms, sexe, date de naissance de l’enfant ou du jeune candidat,

garçon ou fille.

-en quoi réside son talent, selon vous, dans quelle discipline des arts de

la scène

-si le-la candidat(e) s’est déjà produit en public ? Si oui dans quelles

circonstances ? Où ? Quelle année.

-adresse et téléphone, fax, mail du candidat majeur ou du parent responsable

avec lequel correspondre.

Ecrivez pour le 30 mars 2012 au plus tard à:

Jacqueline Rousseaux

Présidente du Centre Culturel d’Uccle

“Candidature Jeunes talents ucclois”

47 rue Rouge

1180 Bruxelles

Seules les candidatures écrites seront examinées. 

Nous attendons vos courriers. D’avance, bonne chance! 

Jacqueline Rousseaux

Présidente du CCU

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Cerise du gâteau, clap quatorzième

Plus que jamais, le festival de café théâtre traque la nouvelle scène belge francophone. De Fabrizio Rongione au… chat d’Odilon et Suzanne Emond, fille de l’un des papes des lettres belges, la folk Clare Louise ou un jeune trio jazz sublimé par le saxo de Ben Sluijs.
 
Cette vénérable et revigorante tradition, née en 1998 dans les cerveaux prolixes d’Isabelle Rigaux et de Christian Gérard, perpétuée par la présidente du centre culturel d’Uccle Jacqueline Rousseaux, en est en effet à sa quatorzième année d’existence. Encore une fois, ce festival d’une grande semaine explore la nouvelle scène belge francophone, à la recherche de ses pépites culturelles et jeunes talents qui travaillent à Bruxelles et en Belgique. Ils foisonnent et l’on pourra s’en rendre compte au cours des huit spectacles programmés, alternant théâtres, seul(e)s en scène, musique et concerts dans une configuration de proximité résolument choisie entre public et artistes. 
Ph. G.

 
Tram-movie
Le festival débutera de la plus belle des manières, en compagnie du dernier prix Rossel 2011, le Goncourt belge, attribué début décembre dernier à Geneviève Damas pour son premier roman initiatique «Si tu passes la rivière». Auparavant, cette juriste virant comédienne et tête pensante de la Cie Albertine a beaucoup écrit pour le théâtre. Trustant, déjà, des prix notamment avec la série Molly (à vélo, au château, …). Damas a conçu également un ‘tram-movie’ avec Stib, jeu de mots renvoyant aussi bien aux transports collectifs bruxellois qu’à une «suite de trajets infra-humains balisés». Car avec Stib – prix littéraire 2010 du parlement de la Communauté française –, c’est bien de cela qu’il s’agit : deux femmes empruntent chaque jour le même véhicule public. Elles ne se connaissent pas. Mais le GSM de l’une servira d’objet relationnel à l’autre pour amorcer une relation muant le transport en commun en support à transports émotionnels. Mais aussi une belle réflexion, l’air de ne pas y toucher, sur notre société de l’indifférence et de l’individualisme forcené. 

Le vendredi 3 février à 20h30, de Geneviève Damas
Avec : Geneviève Damas et Isabelle Defossé
Mise en scène : Janine Godinas

Scènes au féminin
Half Asleep rassemble sur scène les jeunes sœurs Leclercq et leur monde à part, très original, d’abord planant mais très frais puis qui va crescendo. Leurs mélopées hantent et rentrent, pour monopoliser oreilles et cerveaux réceptifs. Ce groupe appartenant à la nouvelle scène belge assure la première partie du concert de Clare Louise, jeune Française établie depuis longtemps à Bruxelles, qui chante dans sa langue maternelle et en anglais. Sa voix haut perchée et particulière s’est beaucoup inspirée de son séjour longue durée en Irlande et des pubs où elle s’est d’abord produite, aspirant à grandes goulées les influences de la pop médiévale sourdant des falaises noires et paysages peuplés de bruyères. Clare Louise ne chante pas que ses propres compositions. Elle viendra au CCU avec son deuxième album empli d’un univers fragile, onirique, un peu mystérieux et champêtre.    

Le samedi 4 février à 20h30, en première partie de Clare Louise : Half Asleep (Valérie et Oriane Leclercq)
Clare Louise : voix, guitare acoustique
Charlotte Danhier : violoncelle, voix
Cédric Van Caillie : guitares, voix, percussions


L’art difficile de la paresse
Retour au ‘théâtre comédie’ le dimanche après-midi, avec cet «Eloge de l’oisiveté» inspiré à son interprète par la lecture de bons auteurs : un mince essai paru en 1932 du philosophe Bertrand Russel – Nobel 1950 de Littérature, militant de la culture à la paresse –, Grozdanovitch et son «Petit traité de désinvolture» et les moralistes Jean de La Fontaine et Stendhal. Le seul en scène de Dominique Rongvaux constitue une belle réflexion (et remise en cause) «de la place du travail dans nos vies.» Il faut dire qu’il est loin d’être un néophyte en la matière : l’ex-ingénieur commercial auditeur de multinationales du haut de ses 23 ans a, en définitive, préféré la jubilation du Conservatoire et de l’humour sur planche à sa vie de cadre mortellement rasoir, même grassement rémunéré. Son spectacle a reçu le prix de la critique 2010 «meilleur seul en scène».
 
Le dimanche 5 février en matinée à 16h, de et avec Dominique Rongvaux à partir de l’œuvre de Bertrand Russell
Mise en scène : Véronique Dumont

Jeune trio jazzy et Ben Sluijs
Fille de pasteur et jeune chanteuse belge considérée comme une des plus prometteuses de sa génération, Chrystel Wautier a rencontré à temps deux autres musiciens au Conservatoire pour concevoir, ensemble, «Between Us» (2007), pot-pourri de standards entre tradition et touches modernes. Pour son deuxième album - «Peace Of Time», sorti en 2010 -, le trio s’est adjoint le saxophoniste confirmé Ben Sluijs. Entre-temps, il s’est laissé gagné par des sonorités latines (samba, bossa nova, …). C’est donc en quartette que la siffleuse et chanteuse à la tessiture très large, «qui a joué avec énormément de grands formats belges du jazz» selon son agente bruxelloise Leila Radoni, présentera son groupe à La Cerise.

Le mardi 7 février à 20h30,
Chrystel Wautier : chant
Quentin Liégeois : guitare
Boris Schmidt : contrebasse
En guest, Ben Sluijs : saxophone et flûte

Odilon, au pied !
Odilon c’est un chat pas comme les autres né de la plume et de l’imaginaire de Paul Emond, l’un de nos grands auteurs francophones. Plutôt rare chez nous, celui-ci vit de sa plume et pond avec le même bonheur, pêle-mêle, romans, nouvelles et pièces de théâtre. Issue des Conservatoires de Bruxelles et de Mons, sa jeune fille Suzanne met ici en scène une de ses pièces interprétée tout en délicatesse par Marie-Astrid Legrand. «L’écriture de mon père a constitué ma porte d’entrée sur le théâtre», dit celle qui a une expérience du théâtre en roulotte et de l’itinérance - «j’adore ça» -, avant de résumer l’exercice qu’elle s’est imposée sans réaction paternelle courroucée : «c’est l’histoire -qui semble assez banale- de Natacha, femme à l’âge incertain qui a perdu son chat, centre de sa vie. Ca a l’air plan-plan mais, entre les lignes, il y a des espaces incroyables qui racontent des choses sur la société actuelle, la solitude, le décalage sur un ton léger, drôle

Le mercredi 8 février à 20h30, de Paul Emond
Avec : Marie-Astrid Legrand
Mise en scène : Suzanne Emond
Production : La Compagnie Les Chercheuses d’or

Jazzdong d’ici et de là-bas
Longtemps, dans les années 80, Jean-François Maljean fut le claviériste du regretté auteur-compositeur-interprète Pierre Rapsat («Illusions», «Passagers de la nuit») foudroyé par un cancer galopant à 53 ans. Les amateurs de jazz pop latino ne manqueront pas ce rendez-vous avec ce pianiste qui est également auteur-compositeur et qui signe une nouvelle carrière en Asie, ces dernières années. En particulier, avec succès, au Japon et en Chine. Maljean a notamment composé l’hymne caractérisant le pavillon belge à l’Expo universelle de Shanghai en 2010. Paru l’année dernière, son dernier album «Dong Fusion» mélange sa musique aux voix exceptionnelles des minorités culturelles Dong du plateau Yunnan, une lointaine province perdue des plaines du sud de la Chine.

Le jeudi 9 février à 20h30,
Jean-François Maljean : piano - chant
Alain Rinallo : basse
Frédéric Malempré : percussions - drums
Rhonny Ventat : saxophones – flûte

On vit peu ? Mais on meurt longtemps
Certes, valeur belge confirmée depuis sa découverte par les frères Dardenne («Rosetta»), son premier seul en scène «A genoux» (Prix du Théâtre 2002) et le rôle phare dans «Napoléon» de Robert Hossein, Fabrizio Rongione ne peut plus être qualifié de jeune premier. Il n’est pas plus à son coup d’essai à Uccle, déjà présent à La Cerise précisément avec ce premier solo. Au moment où l’acteur entame une nouvelle saison à l’écran avec «Un village français» narrant le quotidien de l’Occupation dans une sous-préfecture du Jura à raison d’une année par saison, le Bruxellois revient à Uccle avec un seul en scène déjà bien rodé. Rêvant depuis tout-petit déjà «de devenir un comique», Rongione y décrit – «manière de revenir à mes premières envies» – à l’aide d’un humour grinçant les défis de l’homme moderne. Le Scharbeekois nous y parle aussi - ou épingle - écologie, économie, politique, emballement, révolution et «paradoxes permanents» du quotidien de la globalisation. «On se retrouve tous avec des armoires bourrées de sacs réutilisables… parce qu’on les oublie tous chaque fois avant d’aller au supermarché. L’Homme est il compatible avec la Nature ? Ce sera la grande question, selon moi, du XXIe siècle. Je n’ai jamais pensé que l’homme allait détruire la planète mais je n’ai jamais eu l’impression qu’il allait la sauver non plus…»

Le vendredi 10 février à 20h30, de Fabrizio Rongione et Samuel Tilman
Avec : Fabrizio Rongione
Mise en scène : Samuel Tilman et Alexis Goslain

Voix de velours
Pierre Simon, c’est aussi la nouvelle scène belge. «Dandy à la voix de velours, dégaine de poète maudit, bagou de beau parleur» (La Libre), il chante en français et en anglais. Ce chanteur très particulier caresse un univers plein de causticité et d’humour. A la tête du groupe de chanson française «Clandestine», il a fréquenté beaucoup de scènes et accumulé plus de 200 concerts. Ce n’est pas n’importe qui : il est le coup de cœur des Francofolies de Spa 2009 et 2010. Son prochain album est prévu pour ce début 2012. Nul doute que Pierre Simon devrait en livrer quelques extraits à Uccle, pour ouvrir à son monde qui donne à rire, à penser et à chanter.

Le samedi 11 février à 20h30,
Pierre Simon : chant, guitare sèche
Lucas Clavier : accordéon, voix


Organisation et réservation CCU : 02 374 64 84
Prix des places : 15 € − 12 € étudiants (-26 ans) + frais de réservation 1€ ou 1,25 € via internet.
Le Pass «Cerise» permet d’assister seul, à deux ou en groupe à une ou plusieurs représentations pour un tarif réduit. Pass 4 : 54 € - 38 € étudiants (-26 ans) + frais de réservation 2 €.

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Sortie écran : ‘Au cul du loup’ de Need Production

Maison de production bruxelloise talentueuse, Need est dirigée par l’Ucclois Denis Delcampe, fils d’Armand, l’un des tout grands formats du théâtre en Belgique. La PME prospecte à Uccle pour y trouver peut-être sa future base arrière 2012. Son boss a déjà vendu le siège du haut de St-Gilles. «J’habite du côté d’Uccle-Stalle et la traversée d’une partie de la ville prend toujours davantage de temps.» Sorti de l’une des meilleures écoles de réalisation du pays en 1993, le quadra qui, ado, voulait écrire des scénarios se retrouve alors à Manhattan (NY) : «J’avais une piste pour travailler dans un théâtre.»
Après un an de déboires, le même revient à ses racines, avec vive la Belgique à la bouche, «pays de cocagne. J’avais furieusement envie de faire un court métrage. Personne ne veut le produire. J’ai alors emprunté 300 000 F − 7 500 € de 1995 − pour le faire moi-même.» Désastre, échec. Entre-temps, d’autres réalisateurs rejoignent l’écurie. En parallèle, le producteur multiplie les caméras cachées vendues aux télés privées et réalise ou assiste une petite centaine de pubs rémunératrices.
«Je réinvestissais tout, ce qui m’a permis de produire un premier long : ‘Carnages’ avec la fille Mastroianni, Jacques Gamblin, Clovis Cornillac.» Avec un retentissement certain : le film est nominé aux César 2003. Aujourd’hui, au total, Need Production a produit 11 longs métrages et une petite quarantaine de docs et courts. Actu toute chaude ? Le dernier en date, ‘Au cul du Loup’ – première réalisation de Pierre Duculot – qui a «fait un carton en festivals», sort enfin en salles, chez nous.
Déjà exhibé dans une douzaine de ces festivals, il a remporté 2 prix à Amiens, dont celui du public. Need se charge aussi - une première - de distribuer ce nouveau long en Belgique. Un film qui navigue entre auteur et populaire, avec un casting de talents essentiellement belges : Christelle Cornil, Vincent Vincentelli, Marie Kremer («Un village français»), Robert D’Orazio, Marijke Pinoy… Dix copies sortent simultanément ce mercredi 25 janvier ; un tiers est destiné à… la Flandre.
«Le film est déjà acheté par le privé ; la Rtbf, par contre… Il est sur le point d’être vendu en Suisse, Allemagne et Autriche.» Les musiques de stock du film ont été fournies par les frères Martin, duo comique entourant Jean-Luc Fonck/Sttellla naguère. L’acteur français Robin Renucci a, lui, fourni le logement pour les 22 jours de tournage au printemps 2010 en Haute Corse, là où il anime des stages en été et un théâtre à l’année.
Ph. G.

En salle dès ce 25/1, notamment au Vendôme (Bruxelles), Cinescope (LLN), Plaza-Art (Mons), Ciné Stuart (La Louvière), Le Parc Churchill (Liège), Le Parc (Charleroi) et Eldorado (Namur).







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Geneviève Damas, Rossel 2011

Lendemain de Saint-Nicolas ressemblant plutôt à un Noël avant la lettre pour Geneviève Damas, comédienne bruxelloise à la tête de la Cie Albertine et compagne d’un musicien. L’auteure de «Si tu passes la rivière» était l’une des invités de la récente 9e Foire du Livre belge 2011 (Centre culturel d’Uccle), mi-novembre dernier. En coulisses, on l’y citait dans la short-list finale pour concourir aux Rossel 2011… Avec ce premier roman, elle vient de transformer tout simplement l’essai en remportant crânement le prix Rossel, le Goncourt belge, moins de trois semaines plus tard.

Cette… juriste de formation (par tradition familiale) sortie par la suite de l’IAD-théâtre succède en cela à des plumes comme Henry Bauchau, Pierre Mertens ou encore Yvon Toussaint. Ce mercredi, au Palais des Académies voisin du Palais royal, la jeune quadra a reçu son prix à l’heure du pousse-café des mains d’un pape du genre, Bernard Pivot. L’infatigable animateur d’Apostrophes, cette illustre émission consacrée à la littérature en quasi prime time chaque vendredi de l’hiver 1975 jusqu’à l’été 1990, était en effet l’invité spécial du jury pour parrainer ce cru 2011.

Dans sa fiction, Damas aborde sobrement les chemins de traverse derrière son héros adolescent. François, 17 ans, veut se dépêtrer de la violence familiale, son seul univers jusque-là, et renouer avec sa mère. Pour cela, il lui faut franchir la rivière, que père et frères lui interdisent de traverser sous prétexte qu’elle marque la frontière de tous les dangers. Mais François, lui, jauge le symbole comme celui ouvrant plutôt sur toutes les expériences. Au CCU, en novembre dernier, le journaliste culturel Jacques De Decker analysait l’ouvrage en en sentant «les pulsations pour des raisons rythmiques» ; un premier roman que l’interviewer aguerri jugeait d’ailleurs «bien écrit sans être sophistiqué.» Par cinq voix contre quatre, le jury a été pareillement sensible à cette petite musique toute personnelle.

Ph. G.

«Si tu passes la rivière» de Geneviève Damas, chez Luce Wilquin (éditrice belge), 128 p., 13 €.

 





 

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Le vrai pays rêvé, c’est la liberté de lire

Une Foire du Livre Belge 2011… de rêve, qui a montré combien le rêve de la littérature est vivant chez nous. Affluence dans les salles, malgré un soleil radieux au-dehors, un large public attentif aux échanges: la neuvième édition est un succès pour ses participants et sa présidente, Jacqueline Rousseaux qui l’a portée à bout de bras. Récits au fil des milliers de pages tournées, que vous retrouverez aussi sur ce blog. Dossier Philippe Golard et Stève Polus.

Sur le thème “Ecrire…: un rêve?”, la soirée des Prix Littéraires qui inaugurait la Foire, le vendredi, a vu Jacqueline Rousseaux présenter et questionner une jolie brochette de primés tout frais:

  • le grammairien André Goosse, successeur de Maurice Grevisse pour la continuation de son “Bon Usage” créé en… 1936, prix ARLLFB - Prix Albert Counson
  •  Yvon Toussaint, Prix ARLLFB - Prix international Nessim Habif pour “L’assassinat d’Yvon Toussaint”
  • Myriam Watthée-Delmotte, Prix ARLLFB - Prix Emmanuel Vossaert pour “Littérature et ritualité”
  • Corinne Hoex, Prix Marcel Thiry pour “Décidément je t’assassine”
  • Geneviève Damas, Prix de la Communauté française pour “STIB”
  • Mathieu Barthélémy, Prix Raymond Leblanc des jeunes talents de la BD
  • Pierre-Paul Renders, Prix Saint-Michel du meilleur scénario BD pour “Alter ego”
  • Philippe Paquet, Grand prix de la biographie politique, Prix de la Biographie (Histoire) de l’Académie française, Prix des Ambassadeurs pour “Madame Chiang Kai-shek”.

Le rêve de l’auteur, pour ce dernier, est évidemment atteint au-delà de toute espérance, puisqu’il a pu éditer chez Gallimard cette histoire très fouillée d’un personnage pratiquement inconnu, mais passionnant. Et qu’il a été primé trois fois! A cheval entre culture occidentale (américaine) et chinoise, la personnalité de Mme Chiang Kai-shek éclaire tout un pan de l’histoire d’une Chine que les U.S.A. pensaient pouvoir dessiner à leur image. On sait ce qu’il en est advenu. Même les plus puissants du jour n’ont jamais le pouvoir qu’ils espèrent sur le cours des événements.

Nous n’avons même pas d’ailleurs, la plupart du temps, conscience de l’acte que nous posons en prenant en mains un livre, en l’ouvrant, en nous plongeant dans sa lecture: c’est à un rituel inconscient que nous nous… livrons, révèle Myriam Watthée-Delmotte dans son étude, qui semble fouiller en profondeur notre inconscient. A l’en croire, nous vivons dans ce qui est une représentation du réel, que nous prenons pour la réalité, une réalité qui n’est donc pas la même pour chacun.

Nos vies non plus, bien sûr. Il y a, à cet égard, toujours quelque chose de vivifiant à passer, dans un instant, de la démarche d’André Goosse, qui accompagne la langue française pas à pas dans ses évolutions, à la stupeur d’Yvon Toussaint de découvrir l’existence, en Haïti, d’un sénateur assassiné: un autre Yvon Toussaint. D’où le livre passionnant qu’on connaît. Une sorte d’enquête policière qui découvre aussi la réalité du pays qu’est Haïti, loin, loin d’un rêve. André Goosse, quant à lui, rappela que Bernard Pivot avait un jour interviewé Maurice Grevisse, à Uccle, et que celui-ci lui avait annoncé que son successeur serait… André Goosse, au destin tout tracé depuis sa rencontre, à l’âge de 15 ans, avec le Bon Usage.

Nous n’avons pas seulement des homonymes, de par le monde; et si nous avions aussi chacun notre véritable double? C’est l’idée de base, brillante, de la série Alter Ego, qui a valu à Pierre-Paul Renders le prix Saint-Michel du meilleur scénario BD. Un rêve pour un scénariste prolifique, puisqu’il lui permet de partir de plusieurs personnages différents pour construire, au travers des albums, une saga qu’on peut aborder par n’importe lequel d’entre eux. Avec, donc, 751 possibilités d’histoires différentes!

Mais que peut-on imaginer de plus différent, en fait, que les mondes que dévoilent, au travers de courtes lectures, Corinne Hoex (Prix Marcel Thiry, pour Décidément je t’assassine) et Geneviève Damas, prix de la Communauté française pour S.T.I.B? La première fait le récit poignant de la solitude face à une mère avec laquelle, jusque dans les derniers moments, elle n’établira jamais le contact. Ni amour, ni même tendresse, une incompréhension viscérale malgré des élans inaboutis. Un récit qui touche au cœur, comme ce “S.T.I.B.” de Geneviève Damas, dont le titre désigne tout à la fois les célèbres véhicules jaune et bleu et… Suite de Trajets Infra-humains Balisés. Avec beaucoup d’humour, et sans oublier au passage de saluer le grand éditeur récemment disparu, Hubert Nyssen, elle aussi met en scène deux personnages: deux copines (l’autre, Eva Defossé, a joué avec elle ce texte) très différentes, bousculées par la vie comme on l’est dans ces fichus trams où on pousse pour avancer.

Comme dans l’existence. Celui qui, finalement, vivait sans doute le plus beau rêve dans ce panel de primés était le jeune Mathieu Barthélémy, auquel le prix Raymond Leblanc des jeunes talents BD donne enfin la possibilité de se consacrer pleinement à sa passion, raconter des histoires. Que demander de plus? En bon raconteur, il a déjà intégré la classique pirouette des orateurs, genre “je serai bref, puisque vous avez soif”… Les personnalités présentes ne devaient d’ailleurs pas plus s’étendre sur leurs rêves, très différents: entre le rêve de la Polithea, politique, de Platon évoqué par le ministre bruxellois Jean-Luc Vanraes et le Livre de la Jungle qui a illuminé la jeunesse de l’Echevin de la Culture Carine Gol-Lescot, le sénateur-bourgmestre Armand de Decker a mis les rieurs de son côté. Uccle? une commune de rêve, depuis trois ans en boni. La Belgique? Un pays de rêve, où on peut se passer de gouvernement pendant 531 jours sans que même le ton de voix ne s’élève… S.P.


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Ces rêves-là n’ont surtout pas de frontières

Le plaisir de ces rencontres littéraires, c’est qu’elles jouent le rôle de shaker à cocktails, secouant et mélangeant des genres complètement différents au gré des présences et des modifications de programme. Après “Les trente batailles du sergent Moreau”, vieux briscard de Napoléon dont Etienne Moreau a déchiffré les carnets, rédigés d’une très fine écriture presque illisible au prix de mois de travail (Editions Mémogrames), Elise Bussière, “Je travaille à Paris et dors à Bruxelles” Ed. Mols, est une vraie surprise dans le monde de l’écrit. Elise n’est pas une littéraire de formation, elle a fait la philosophie, mais elle a un réel talent. Jacques De Decker s’est dit sidéré par ces mésaventures d’une cadre dans une entreprise très contemporaine, une de ces multi-choses où on baragouine une novlangue trendy à base de basic english et de franglais et où, après les avoir “benchmarkés”, on consume à petit feu employés et cadres, squeezés comme des citrons. L’auteure utilise, pour en qualifier l’ambiance, la métaphore de la grenouille: si on jette une grenouille dans l’eau bouillante, elle saute pour se sauver. Si on la met dans l’eau froide, mais qu’on fait chauffer celle-ci, la grenouille mourra…  “Un livre de “salut” qui déclenche un mélange de malaise, d’ironie, d’hilarité, avec un côté “Caractères” de La Bruyère”, dit Jacques De Decker, trop lucide pour se faire beaucoup d’illusions quant à l’intérêt des jeunes de 2011 pour La Bruyère. Raison de plus pour leur recommander cet o.v.n.i. littéraire, un récit qui colle sans doute comme un gant à la vie de quelque huit mille Français qui, comme l’héroïne, travaillent à Paris et dorment à Uccle. Et nulle part ailleurs. 

Jacques Rifflet, quand il a écrit “Le monde du sacré” sur l’ensemble des religions (Ed. Mols) s’est dit “étourdi” par la variété incroyable du sujet - plus souvent traité par des collectifs que par un seul auteur -, au point qu’il a demandé à son éditeur de le publier par lots de trois mille, de façon à pouvoir l’actualiser régulièrement. Au fil de sept éditions en dix ans, il est devenu un succès en langue française. Dommage qu’Edmond Morrel, l’intervieweur, et Jacques Rifflet n’aient pu que survoler un sujet aussi foisonnant, un sujet que “Le monde du sacré” traite avec assez d’ouverture pour que Chrétiens, Juifs, Musulmans l’accueillent les uns et les autres avec faveur. L’université du Maroc veut même le traduire en arabe. L’auteur en appelle aux modérés de chaque religion, pour qu’ils jugulent leurs intégristes et leurs excessifs, avec des formules frappantes, comme: “On n’a pas besoin de tolérance, ce qui veut dire “cause toujours, je t’écoute”, on a besoin de respect, ce qui implique la connaissance de l’autre”.    

La B.D. au cinéma, rêve… ou cauchemar? Un scoop, d’abord: 

Thierry Culliford, le fils de Peyo, ne sait pas comment on traduit “schtroumpf” en russe… mais comme il y en a une trentaine de traductions différentes, il est excusé.

Adaptés à l’écran par un studio de Dupuis, deux ou trois ans après la sortie de la BD née il y a 50 ans déjà, les Schtroumpfs  ont connu un long métrage qui, pour Peyo, fut un bonheur, celui de collaborer avec Michel Legrand pour la musique. Après, 256 épisodes en TV, puis un nouveau film: l’impression est plutôt celle d’une usine à succès que d’un rêve. Un rêve à succès.  

Pour Godi, le scénariste de l’Elève Ducobu, le rêve, c’est d’abord que l’adaptation s’est passée à une vitesse extraordinaire pour le cinéma, paraît-il. Un deuxième film est dans les starting-blocks, ce sont Les vacances de Ducobu, un thème jamais abordé dans la BD. “C’est étonnant, un tournage, ça avance tellement par millimètre, par bouts de phrases”. 

Avec Jean Van Hamme, c’est du sérieux, (“je ne suis pas un comique, moi”), on est plutôt côté cession des droits, au fil des multiples expériences de l’auteur avec le monde audio-visuel. “J’ai tout vécu, parfois c’est frustrant, on ne vous demande rien, ça se passe en dehors de vous. Déjà, les contrats en français on ne les comprend pas, alors en anglais, avec les Américains… Avantage, même si le film est mauvais, ça n’a aucun impact sur les ventes de votre album. Par contre, s’il est bon, il y a un impact positif.” Pour Pierre-Paul Renders, qui a fait, lui le chemin inverse (d’abord réalisateur, notamment de “Thomas est amoureux”), le cinéma n’est pas une sorte de consécration pour la littérature, ce sont des média différents: ce qui est important de comprendre, c’est qu’il faut écrire différemment pour les deux. Le cinéma, ce n’est pas la BD, même si une bonne histoire est nécessaire aux deux.

Patrick Delperdange, prix Rossel 2005 pour Chants des Gorges, écrit polars, scénarios, pièces de théâtre, est un des rares écrivains à vivre de sa plume en Belgique (“oui, mais ma femme travaille… on ne pourrait faire vivre une famille de quatre personnes sinon”); il publie trois ou quatre bouquins par an, une quarantaine depuis 25 ou 26 ans. “Plus on écrit pour des jeunes, comme Le chien qui danse (Editions Mijade) plus c’est difficile, c’est comme si on taillait un petit bijou, c’est très compliqué. J’essaye d’écrire un roman pour un public-cible, mais à plusieurs niveaux pour que chacun y trouve son compte.” Humour, aventure, malchance, star-system, drogue sont ses thèmes, comme dans S.T.A.R., chez Casterman. “Mais écrire un bouquin n’est pas faire passer un message, c’est raconter une histoire, la meilleure qui soit”. 

Michèle Vilet, (Dénouer les mots, Ed. Mémogrames) débarque en littérature avec l’histoire d’une femme sourde, Gabrielle, dont elle a croisé le destin et qui a traversé tout un siècle avec une “vie minuscule”, une de ces vies qu’il est injuste de passer… sous silence. Mais c’est un deuxième personnage, fictif, Frédérique qui raconte la vie de Gabrielle dans un roman, dont elle est l’auteur tout aussi fictif. “Je ne pouvais pas faire passer mon souci de l’écriture et du rêve en moi avec le seul récit de Gabrielle.”

Olivia Billington, elle, a décidé qu’elle serait écrivain à l’âge de huit ans!  Ici, pour “Elle une autre” chez Chloé des Lys, elle a repris un polar écrit à l’âge de quinze ans, qui est à la fois un roman et une enquête policière, rédigée avec les conseils d’un inspecteur principal de police. Une introduction parfaite pour Michel Claise, qui sort deux polars chez Luce Wilquin. “Larmes du Crime” plonge dans les égouts de Bruxelles. Avec des morts différentes, mais d’une même arme, l’eau. “J’ai découvert Bruxelles souterrain avec Vivaqua”, dit ce juge auteur de polars, “c’est une ville extraordinaire aussi sous nos pieds. J’ai vraiment eu l’impression que j’allais croiser Jean Valjean portant Marius sur son dos… Je me suis très bien amusé, les personnages sont “mes” flics, ils sont très contents”. Michel Claise publie aussi “Souvenirs du Rif” un roman-enquête sur le trafic du cannabis, inspiré de son expérience de juge d’instruction, mais qui se passe en France. Traversant  le Rif marocain, il y a quelques années, il entre dans une région où “pas un centimètre carré n’est pas recouvert de plants de cannabis, à usage de chanvre”. Une culture séculaire, détournée dans les années 70 par les hippies vers la production de résine de cannabis, mais qui autrefois était légale, puisque la Régie française s’appelait Régie du Tabac et du Chanvre. “Nous avons été poursuivis par des gens qui voulaient… nous vendre leur production”. Mais les vrais criminels, ce sont les banquiers, les conseillers financiers qui permettent de blanchir l’argent. Les casinos sont un des moyens de le blanchir, cet argent surabondant. “A Monte-Carlo, mes “clients” avaient dépensé 450 millions de FB en un an…. J’ai appris sur place qu’il y a 200 façons de tricher au casino. A ma question naïve, “Comment détecter un tricheur?” les spécialistes de la sécurité du casino ont répondu “Mais enfin, M. le Juge, c’est le seul qui gagne!” Légaliser, libéraliser le marché du cannabis? Il faudrait peut-être y songer, estime Michel Claise, cela éradiquerait du jour au lendemain des millions d’euros de blanchiment d’argent. Il faudrait aborder ce problème sous le double aspect de l’assistance aux drogués et de la lutte contre l’argent du crime. Et libéraliser ne pousserait pas à une plus grande consommation de drogues dures. 

Isy Pelc, (L’ami psy, chez Psymédic) est loin d’être du même avis. Pour lui, ce n’est pas le cannabis qui est important, ce sont les personnes qui en prennent et qui ont des problèmes. “Les jeunes qui font du sport, qui sont positifs, passionnés, qui vivent pleinement leur vie peuvent en prendre à l’occasion, ils ne développeront pas une dépendance. Ce sont ceux qui veulent s’échapper d’un quotidien pénible qui sont menacés. C’est accompagner le jeunes qu’il faut faire, les problèmes sont les mêmes partout quelles que soient les législations, accommodantes ou restrictives.” Ecouter, comprendre et parler avec ses proches, c’est d’ailleurs le devoir de tous les parents, ce n’est pas seulement affaire de spécialistes.  

Stephen Desberg, encore un multi-talentueux de la BD, avec des séries comme Empire USA (Dargaud), IRS ou All Watcher (Le Lombard). Le dernier opus qu’il signe avec Griffo dans la série Empire USA, Sherman, plonge ses racines dans le mythe du self-made man américain qui a des scrupules de conscience à traiter avec l’Allemagne nazie. De la belle ouvrage pour ce scénariste qui avait d’abord commencé une carrière musicale. Nous n’avons rien perdu pour attendre: il a composé des musiques pour cette série et les sortira bientôt en CD. Un self-made homme-orchestre, quoi. S.P.  

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Final en roue libre à la Foire du livre belge à Uccle

Après un Hervé Hasquin érudit, intarissable et enfiévré pour son dernier ouvrage ‘Les catholiques belges et la franc-maçonnerie’ et le romancier-auteur de théâtre Paul Emond pour ‘L’homme aux lunettes blanches (ou pourquoi le cinéphile Philippe Reynaert se chausse le nez de blanc immaculé) et autres fictions’, la 9e Foire du Livre belge a brillamment soldé ses comptes.

Ce sera tout en gourmandise, avec ‘Mange Bruxelles’. Ses géniteurs de papier (glacé, aux visuels très léchés), le journaliste-éditeur Roger Sépul et sa photographe de femme Cissi Olsson,après s’être intéressés à ‘La Belgique du vin’, alignent ici 22 coups de cœur -et quelques fois de griffes- sélectionnés dans le bien manger bruxellois, 200 recettes et 23 doctes avis d’habitués (dont Eric-Emmanuel Schmitt, Axel Red, François Schuiten ou José Van Dam). Festival d’odeurs et orfèvrerie culinaire garantis. Pour beaux esprits et bons becs.

 

Ph. G.

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Foire du Livre belge, avant-dernière salve : Nobel trop daté versus imaginaires débridés

Sujet littéraire s’il en est abordé par la foire 9ème édition, notre unique Prix Nobel de littérature belge fut Maurice Maeterlinck, couronné en novembre 1911. Qu’en subsiste-t-il un siècle plus loin «et quelques jours» s’est interrogé dans un débat d’une bonne demi-heure érudite le duo Jacques De Decker, journaliste culturel, et Jacques Franck, ex-directeur de la rédaction de La Libre Belgique, troussant toujours de très régulières chroniques. Quel estdonc «le bon usage de Maeterlinck, tellement connoté chez nous sur les plans culturel, communautaire et même politique ?»

Beaucoup feuilleté par le premier, Maeterlinck est, selon lui, «très ‘1900’, témoin de son temps hanté par la mort, se demandant par exemple si les tables tournantes peuvent servir à établir le contact ! Aujourd’hui dépassé, il reste un extraordinaire ensemenceur de la littérature européenne et grand passeur du germanisme.» De Decker illustrera, lui, plutôt la récup-réappropriation de Maeterlinck par la Flandre contemporaine : de «traître conspué à l’époque car aliéné à la francophonie», le même, vandaag, estdevenu un «génie, obligé autrefois d’écrire dans une autre langue que la sienne

Ensuite, la présidente du CCU Jacqueline Rousseaux rendosse sa toge d’intervieweuse enthousiaste pour convier cette fois à la barre un scénariste de BD, tout aussi génial, bien de son temps et nobelisé dans l’esprit de ses nombreux lecteurs : Jean Dufaux, «solitaire aimant la compagnie.» Pleines d’intrigues ensorcelantes, ses séries sont concoctées  avec de multiples comparses dont Jeremy,très jeune talent belge, à qui son aîné prédit «une très grande carrière.» L’actualité du maître se décline en ‘Croisades’, ‘Double Masque’, ‘Barracuda’.

Dans cette dernière histoire à récurrences, comme les petits pains à Cana, Dufaux et Jeremy multiplient personnages, héros, héroïnes, situations délicates et incursions en pays toujours rêvés. Grâce à un imaginaire totalement débridé, souvent fantastique, l’auteur «indépendant» en oublierait presque, dans la solitude de son artisanat et de ses mondes intérieurs, son étiquette de «bankable.» Ainsi, après Van Hamme et Sente, Dufaux reprendra notamment Blake & Mortimer en 2013.

 

Ph. G.